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2 octobre 2011

"I SPIT ON YOUR GRAVE" (1978)

Le début des années 70 avait vu fleurir quelques films comme « DÉLIVRANCE », « LES CHIENS DE PAILLE » ou « LA DERNIÈRE MAISON SUR LA GAUCHE », qui entrenaient un lien de parenté évident quant à leur exploration de la violence gratuite et surtout sa contagion.
« I SPIT ON YOUR GRAVE » creuse encore le sillon en confrontant une jeune new-yorkaise qui loue une maison de campagne au bord d’un lac, pour écrire un roman, et se fait violer par quatre « locaux » qui la laissent pour morte. Elle décide de rendre sa propre justice. Rien de très original, mais en appréhendant son sujet de façon totalement linéaire, frontale, directe, sans aucune stylisation que ce soit scénaristique ou visuelle, l’auteur évite tout sensationnalisme et voyeurisme. Ainsi, la séquence du quadruple viol semble n’en jamais finir. Dans la boue, le sang et les hurlements, les râles, le spectacle devient insupportable, nauséabond et en dit finalement plus long que tous les discours sur les agressions sexuelles et leur impact sur les victimes.
La vision de Camille Keaton, souvent dénudée, dégradée, avilie, n’a jamais rien d’excitant ou même d’ambigu. Et c'est la grande réussite de ce film fauché et apparemment tout simple : contourner l’approche toujours un peu malsaine de ce genre de sujet, par un filmage le plus « objectif » possible. Alors bien sûr, c'est un film qui n’a rien d’agréable ou de distrayant, mais il force peu à peu le respect par son honnêteté et sa façon d’exprimer ses idées sans les asséner. Le ‘payback’ de la dernière partie est lui aussi abordé intelligemment. Devenue vengeuse, l’héroïne n’en devient pas pour autant une tueuse invincible et les meurtres sont tellement violents et hideux, qu’on n’a pas envie d’applaudir. On a beaucoup reproché aux « CHIENS DE PAILLE », par exemple, son ambivalence et son machisme sous-jacent. On pourra faire des reproches à « I SPIT ON YOUR GRAVE », qui n’a pas la même valeur cinématographique, mais pas ceux-là. À voir donc, mais en sachant à quoi on s’expose.
À noter que le film est proposé en supplément dans le Blu-ray du récent remake. Il fut jadis exploité en France sous le titre « ŒIL POUR ŒIL ».

22 septembre 2011

JOIES BLEUES

Parmi les innombrables (re)sorties annoncées en Blu-ray jusqu'à la fin de l’année 2011, trois titres ont particulièrement retenu notre attention… et suscité une grande joie anticipée : deux grands westerns, d’abord. « LITTLE BIG MAN » d’Arthur Penn, qui devrait grandement bénéficier d’un transfert en HD et prendre toute sa dimension. « LA VENGEANCE AUX DEUX VISAGES » ensuite, l’unique film signé Marlon Brando, dont on attendait depuis des années une sortie DVD décente. C'est enfin arrivé cette année et en France. Et maintenant, bonheur suprême, ce film visuellement magnifique va en plus, avoir les honneurs de la Haute-Définition. C'est presque trop ! Et puis enfin, « 12 HOMMES EN COLÈRE » le premier film de Sidney Lumet et peut-être son chef-d’œuvre, dont les éditions DVD ne sont pas formidables et qui se voit ainsi honoré d’une sortie chez Criterion, autrement dit le top du top. Que ces braves gens ont donc bon goût !

17 septembre 2011

"LA REGLE DU JEU" (1939)

Deux films se retrouvent systématiquement sur toutes les listes des « meilleurs films du monde », des « chefs-d’œuvre de l’histoire du cinéma », des monuments incontestables : « CITIZEN KANE » et « LA RÈGLE DU JEU ». Ce dernier fut même le film-phare des cinéastes de la Nouvelle Vague. On n’est bien sûr, pas obligé de partager cette opinion, même si on se sent un peu seul à la contester. Sorti dans une magnifique édition restaurée en Blu-ray et dans sa version intégrale, le film de Jean Renoir ne peut pas être découvert dans de plus idéales conditions qu’aujourd'hui.
Qu'est-ce que « LA RÈGLE DU JEU » ? C'est à la fois l’ancêtre des « films choraux », un marivaudage coquin hanté par la mort, un microcosme de la société française d’avant-guerre avec ses clivages sociaux. On a souvent la sensation que le film est improvisé au fil de la caméra et Renoir alterne les réflexions profondes sur la vie et l’amour et les instants de « boulevard », avec son cortège de cocus, ses poursuites endiablées. Mais quelques séquences comme le massacre des lapins (un brin écœurant, à force) ou ce spectacle donné au château avec ces messieurs déguisés en squelettes, laissent sur un malaise tangible. Est-ce la proximité de la guerre ? Le sentiment de la fin d’une époque insouciante ? C'est ce malaise justement, qui donne au film tout son prix.
On peut (oui, on a le droit !) trouver Renoir discutable en tant que comédien, d’autant qu'il se taille la part du lion et vampirise pas mal le film. Mais Dalio est formidable dans un contremploi d’aristo mollasson mais brave type. Les personnages de femmes sont décrits avec une misogynie bienveillante.
Alors que dire de « LA RÈGLE DU JEU » qui n’ait déjà été dit et redit ailleurs ? Rien. À part peut-être, que son classement indéboulonnable dans les plus grands monuments du Septième Art peut tout de même laisser un peu perplexe…

6 septembre 2011

"J'AI LE DROIT DE VIVRE" (1937)

L'affiche U.S. sans aucun
rapport avec le film !
« J'AI LE DROIT DE VIVRE » démarre comme un mélodrame social à la façon de ceux que produisait la Warner à la même époque. Un film sombre et larmoyant sur la réinsertion, l’inéluctabilité de la récidive. Mais c'est oublier que Fritz Lang est à la caméra. Peu à peu, le film devient de plus en plus noir, il s’enfonce dans un désespoir suffocant. C'est le destin qui se met en marche et va broyer Henry Fonda, un petit malfrat malchanceux et Sylvia Sidney une candide jeune femme folle de lui, prête à le suivre jusqu'au bout des bouts. Car il s’agit bien d’un film d’amour fou et absolu. Tellement total, que la jeune héroïne ira jusqu'à en ignorer son propre nouveau-né, oubliant de lui donner un prénom. Seul compte l'homme de sa vie dont elle devient la complice.
« J'AI LE DROIT DE VIVRE » est un film dans lequel on s’enlise progressivement, sans même s’en rendre compte, pris par une logique implacable. L’évasion de Fonda, le soir de son exécution est un modèle d’ironie morbide : alors qu'il va être gracié et enfin reconnu innocent, il tue le prêtre venu l’aider, pensant qu'il cherche à le piéger ! Difficile de faire plus atroce et dérisoire. Lang fait évoluer la photo, qui passe du réalisme à l’expressionnisme. Certains plans dans la prison sont quasiment abstraits, d’une puissance visuelle inouïe.
Si on met quelques minutes à accepter l’élégant Fonda dans ce rôle de voyou désabusé, son jeu décolle complètement à partir du moment où il est condamné. Son visage creusé, ses yeux hantés, son corps fatigué annoncent le Tom Joad des « RAISINS DE LA COLÈRE » qu'il sera deux ans plus tard. À ses côtés, Miss Sidney, au sourire si expressif, donne une belle épaisseur à un personnage dont on découvre tout doucement toutes les facettes. Œuvre déprimante et jusqu'auboutiste, « J'AI LE DROIT DE VIVRE » vient de sortir en zone 2, et c'est une excellente initiative.

"LE CALIFORNIEN"... Encore raté !

« LE CALIFORNIEN » sorti en France en 1970, est un des films les plus curieux tournés par Charles Bronson. C'est en fait l’extension d’un épisode de la série western « LES VOYAGES DE JAMIE McPHEETERS » (1964) dont le réalisateur Boris Sagal a tourné des séquences supplémentaires dans le but d’arriver à une durée de long-métrage. Si la série était en noir & blanc, le film est en couleurs et comporte un long flash-back absent à la TV, ainsi qu’une scène dénudée entre Bronson et Susan Oliver.
« LE CALIFORNIEN » a déjà connu plusieurs sorties DVD en zone 1, mais toutes issues de masters horribles, délavés et flous. Le sommet vient d’être atteint avec la récente sortie chez « Artiflix », qui sort « GUNS OF DIABLO » en DVD-R, non seulement sans menu, mais sans jaquette ! La qualité elle, équivaut à une vieille VHS retrouvée au fond d'un grenier humide et gravée à la va-vite sur un CD. 
Au dos, l’amateur de n'importe quoi appréciera la note de l’éditeur : « Tourné en Allemagne où il sortit en 1965,  le film fut retravaillé avant de sortir aux USA en 1997 ». Trois infos en deux lignes et… toutes complètement fausses ! De la poésie à l’état pur. Sans compter la durée de 91 minutes évidemment erronée. Espérons de voir un jour dans de bonnes conditions, cette sympathique série B dans laquelle le jeune Kurt Russell de douze ans tenait le rôle principal aux côtés de Bronson. Mais ce ne sera pas pour cette fois !

4 septembre 2011

"CITE DE LA VIOLENCE" en Blu-ray

Bronson en tueur à gages tourmenté
Le Blu-ray sorti en Italie
Signalons la sortie en Italie de « CITÉ DE LA VIOLENCE » en Blu-ray, chez Ripley’s video. Le film est en versions anglaises et italiennes et compte quelques suppléments, comme une interview du réalisateur. Ce bon thriller italo-français de 1970 est signé par Sergio Sollima, un des maîtres du ‘spaghetti western’ et interprété par Charles Bronson et sa femme Jill Ireland, par Michel Constantin et Telly Savalas. C'est un ajout de taille à toute collection Bronson dans le format Blu-ray.
En France, on trouve « LES 7 MERCENAIRES » et depuis peu « IL ÉTAIT UNE FOIS DANS L’OUEST », aux U.S.A. « VERA CRUZ », « LA BATAILLE DES ARDENNES » et « 12 SALOPARDS » sont sortis. En Allemagne, on peut trouver les plus rares « LE FLINGUEUR », « MISTER MAJESTYK » et le plus dispensable « CABO BLANCO ».

"ILS ETAIENT TOUS MES FILS" (1948)

Mady Christians et Edward G. Robinson,
avant la tempête
La sortie en DVD (exclusivité française !) de « ILS ÉTAIENT TOUS MES FILS » permet de découvrir un film d’une surprenante intensité, dont on ne sort pas tout à fait indemne. Tiré d’une pièce d’Arthur Miller, le scénario est habilement adapté et « aéré », ne trahissant que rarement ses origines théâtrales. C'est une œuvre noire, puissante et implacable sur la responsabilité et l’expiation, qui oblige à ses poser des questions pas toujours plaisantes et trace les limites de l’individualisme et du mythe américain du self-made-man.
Accusé d’avoir vendu délibérément des pièces défectueuses qui ont causé la mort d’une vingtaine d’aviateurs pendant la WW2, l’industriel Edward G. Robinson a réussi à échapper à la justice en faisant accuser son associé. Mais aujourd'hui, la fille de celui-ci revient dans sa ville natale pour épouser Burt Lancaster, le fils aîné de Robinson, alors qu'elle était fiancée au cadet, disparu en mission. Elle porte avec elle un secret qui va entraîner la chute de son futur beau-père et la fin de son impunité. Le texte est très fort, les personnages jamais taillés dans la masse. Tout ici est subtil et tient compte des ambiguïtés de l’âme humaine. Ainsi Robinson n’est-il jamais haïssable, puisqu’il ne se rend même pas compte de l’abjection de ses actes. Il pense avoir agi pour le bien de sa famille et tant pis pour les dommages collatéraux. Lancaster lui, a préféré s’aveugler plutôt que d’affronter la vérité sur ce père qu'il idolâtre et auquel il reste soumis comme un enfant mal grandi. Mais le personnage le plus fascinant est encore la mère, magnifiquement incarnée par Mady Christians, obnubilée par le retour de ce fils cadet, qui a expié pour « les péchés du père ».
Sobrement réalisé, mais dramatisé par une sublime photo de Russell Metty, « ILS ÉTAIENT TOUS MES FILS » est prenant du début à la fin, ne dévie jamais de son thème et fonce vers sa fin inéluctable comme un train dans la nuit. Et l’interprétation, jusqu'au plus petit rôle est sans faille. À découvrir.
Lancaster et Robinson,
le moment de vérité