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22 septembre 2011

"SAVAGE GRACE" (2007)

Tirée de faits réels, cette copro européenne évoque avec insistance le cinéma de Bernardo Bertolucci. On retrouve dans « SAVAGE GRACE » des échos de « LA LUNA » ou de « BEAUTÉ VOLÉE », mais le film ne parvient jamais à passionner. Les personnages restent désincarnés, superficiels et Julianne Moore trouve un de ces rôles de névrosées imprévisibles à fleur de peau, qu'elle affectionne – et joue si bien – depuis « MAGNOLIA » ou « THE HOURS » qui étaient de bien meilleurs films.
Elle est impeccable, souvent dérangeante par la folie ravageuse qu’elle parvient à dégager. La séquence d'inceste, attendue, inéluctable, traumatique, est un grand moment, choquant par son réalisme, son absence d’emphase. Parmi les autres comédiens, regrettons l’inintérêt du rôle de Belén Rueda, si magnifique dans « L’ORPHELINAT », réduite ici à jouer les utilités.
« SAVAGE GRACE » n'est pas un ratage complet, mais sa construction en saynètes à peine reliées les unes aux autres, ses bonds aléatoires dans le temps, sa lenteur et le jeu amorphe d’Eddie Redmayne, finissent par lasser l’attention, alors que sa dernière partie est plutôt prenante. À réserver au fan inconditionnel de Miss Moore.

5 septembre 2011

"FRAGMENTS" (2008)

« WINGED CREATURES » s'adresse à ceux qui apprécient les films « choraux » comme « MAGNOLIA » ou « COLLISION ». C'est d'ailleurs devenu pratiquement un genre en soi. Avec ses codes, ses tics, ses passages obligés et (déjà) ses clichés.
Celui-ci a tout du « film indépendant », celui qui généralement moissonne des prix dans les festivals. L’idée de départ en vaut une autre : plusieurs personnes présentes dans un ‘diner’ assistent à l’intrusion d’un inconnu qui ouvre le feu, fait plusieurs victimes au hasard avant de se suicider. Le film montre les conséquences de la violence sur la vie des survivants. Pourquoi pas ? Encore eut-il fallu qu’on soit en empathie avec eux ! Les auteurs décrivent une véritable ménagerie de névrosés de tous poils, tous plus antipathiques les uns que les autres, suscitant l’agacement au lieu de la réflexion. Ainsi tout ce qui concerne cet homme atteint du cancer qui se rend au casino pour tester sa chance, est-il gâché par le cabotinage incommodant de Forest Whitaker, acteur inégal s’il en fut, qui a besoin d’une main ferme pour le diriger. En roue-libre, il fait rigoureusement n'importe quoi.
De belles comédiennes comme Dakota Fanning en ado « touchée par la grâce », Kate Beckinsale en serveuse nympho ou Jeanne Tripplehorn se débattent avec des rôles impossibles. Quant aux passages concernant le médecin Guy Pearce qui empoisonne sa femme pour mieux la sauver ensuite, ils suscitent la consternation plutôt que l’intérêt. On ne ressent aucune sincérité dans la démarche de « WINGED CREATURES » (sorti en DVD zone 1 sous le titre « FRAGMENTS »), juste la volonté de s’inscrire dans un courant de films à la mode du moment. À voir éventuellement pour Beckinsale, qui montre l’étendue d’un registre qu’on ne soupçonnait pas vraiment.

2 septembre 2011

"LES COMEDIENS" (1967)

Raymond Saint-Jacques menace Burton

« LES COMÉDIENS » inspiré d’un roman de Graham Greene, malgré son générique prestigieux et hétéroclite, ne parvient jamais à décoller et s’enlise tout doucement dans l’ennui le plus total. Pourtant Peter Glenville, auteur du magnifique « BECKET » crée une atmosphère singulière de désolation et d'abandon dans son décor (tourné au Dahomey et en studio en France) haïtien, digne d'une ville-fantôme. On a constamment la sensation d'une vaste scène de théâtre où s'agitent vainement des personnages dérisoires, voire pathétiques, comme Richard Burton hôtelier pleutre et franchement minable. Hélas, presque trois heures de ce régime (oui, oui, trois !), c'est tout de même beaucoup demander et le personnage de Liz Taylor, visiblement gonflé au scénario pour faire une belle affiche, finit de plomber le film. Replète et pomponnée, l'actrice a rarement été plus mauvaise. Par contre, Alec Guinness qui nage dans le Greene comme un poisson dans l'eau, est formidable en mercenaire ringard et mythomane. Les seconds rôles sont bien campés : Paul Ford et Lillian Gish en charmant vieux couple d'écolos yankee en goguette. Peter Ustinov par contre, très « tenu » (probablement trop !) par son réalisateur, dort littéralement debout. « LES COMÉDIENS » se perd en séquences répétitives, trop dialoguées, mais parvient à trouver de temps à autres, le ton juste, comme lors du discours de Burton, face aux troupes dépenaillées de rebelles à la fin : un régal de dérisoire et de cynisme. Ou dans l'inquiétante séquence de l'enterrement interrompu, ou celle des rebelles fusillés en pleine nuit devant la population. Ce n’est pas vraiment un navet, c'est – comme disent justement les anglo-saxons – un ‘misfire’.